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Juliet

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Parce qu'il n'y a pas de frontière tangible entre la fiction et le documentaire mais une discussion sur l'improvisation de la réalité, ces bandes-son se veulent être objet sonore, bloc prélevé de la réalité, « taillé et polit » selon ma perception de cette improvisation. « Il faudra toujours sacrifier quelque chose de la réalité à la réalité » selon le célèbre axiome bazinien. Ou s'efforcer d'y revenir pièce après pièce. lire plus lire moins

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Élégie du lac 05:00

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Il était une fois, dans un petit village de la baie du Mont-Saint-Michel nommé Saint-Benoît-des-Ombres, un marais. De vieilles rumeurs rôdaient concernant les moines de l'Abbaye voisine ; on eût dit qu'au moyen-Âge, ils côtoyaient des êtres ni homme ni bêtes, et qu'alors la baie fut engloutie sous les eaux vaseuses des marais. Depuis, chaque soir, au crépuscule, des goules, abominations et silhouettes noires s'extirpaient des sols putréfiant, se vautrant sur les berges, véritables bourbier encerclant des étendues vitreuses. Une horde d'ombres sans forme entamait des danses sabbatiques. Les soirs de pleine lune était ceux de tous les supplices pour les bénédictins. Zalahnaranh, le maître suprême des marais, sans tête ni corps, s'immisçait et animait les bêtes en des rites sacrificiels et expiatoires. Des vapeurs pestiférées se répandaient depuis les marécages jusque dans les égouts, infestant l'air. Les funestes rayons lunaires traversaient les arbres morts aux branches noueuses, découpant d'autant de silhouettes horrifiques. Une malédiction s'empara de chaque foyer, auxquels on retirait tout permis de construire, par peur de nouvelle submersion. Le village se vidait, les classes fermaient une à une. Le Maire démissionna et abandonna le village, supprimant toute lueur d'espoir. lire plus lire moins


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Langage Son Poésie Littérature
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Elaboratoire 04:37

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L'Élaboratoire a de nombreux visages. Crée en 1996, il s'agit d'abord d'un abri pour les artistes de rue de Rennes. En effet, en août 1995, différentes compagnies de théâtre de rue protestent devant la mairie afin qu'un endroit leur soit dédié pour exercer leur art. Un local leur est donné, où ils commencent à habiter, à vivre et à créer. Au fil des années, la communauté change. Le monde du spectacle est de moins en moins représenté, remplacé peu à peu par des pratiques artistiques plus personnelles (peinture, sculpture, ateliers de soudure, de couture, de réparation de vélos...). L'Élaboratoire s'agrandit et devient un squat quand les habitants s'approprient les hangars autour de leurs locaux officiels. Actuellement, le lieu abrite une cinquantaine de résidents et accueille tout un pan de la vie culturelle rennaise en promulgant la liberté de création dans un lieu où la seule règle est celle de la communauté. Cependant, depuis quelques années, l'Élaboratoire connaît des jours difficiles. Le 21 mars 2008, un incendie ravage les habitations et réduit les hangars habitables à un tiers des espaces qu'ils occupaient auparavant. La communauté se fragilise et la menace d'expulsion ou de déplacement dans des locaux plus petits est de plus en plus pesante. Difficile de saisir ce qu'est réellement le lieu, entre amas d'éléments confus et indistincts à la fascination certaine. A l'occasion d'un tournage l'année passée, je côtoie pour la première fois les habitants du lieu que je ne fréquentais qu'aux heures où le public affluait. Considérés comme des loufoques, des marginaux « destroy », les habitants sont régulièrement mal perçus. De tel propos reviennent souvent à leur égard : « Une friche dégueulasse avec des paumés et de la techno, ce n'est pas de la culture, mais de la déchéance. » Je découvre une sensibilité incroyable chez ces artistes atypiques, un engagement certain pour un mode de vie alternatif. Travailleurs de métal, artiste de rue et lieu de vie, l'Elaboratoire ne manque pas de surprise. L'endroit, plastiquement sonore, intrigue. Des univers se côtoient, se juxtaposent sans se rencontrer. Le silence est absent, la route proche. En 2015, après des combats intensifs avec la mairie, les habitants sont relogés dans des hangars plus petits, cachés du regard des passants. En effet, une karcherisation s'opère dans ce quartier en friche, en vue d'accueillir de nouveaux logements dont le prix va subir une croissance exponentielle concomitamment à l?arrivée de la ligne de TGV Paris-Rennes. C'est dans ce contexte que je situe ma bande sonore, dans l'objectif de reconstruire un espace qui n'est plus. Il s'avère en effet impossible de dissocier le lieu des habitants. Vide de ses artistes, les anciens entrepôts de l'Elaboratoire n'ont rien de sonore. Mais leurs nouveaux locaux ne sont guère intrigants. L'atelier métal est pour le moment suspendu, les autres artistes travaillent dans leur caravane ; l'endroit n'est plus sonore. Comment alors reconstruire le lien ténu et perdu, la conjonction d'un lieu et d'une communauté ? Le souhait profond de ce travail est de transposer par le son l'ambiance unique et hétéroclite d'un squat au coeur de la ville, ouvert au public, où sont proposées des manières de vivre différentes. Je dis bien transposer, et non pas retranscrire en étant fidèle à la réalité topographique du lieu. Il serait illusoire de croire d'une part que l'oeuvre sonore soit fidèle au réel, les habitants étant évidemment perturbés par le dispositif microphonique, qui lui-même perturbe le dispositif discriminatoire de l'écoute. Par ailleurs, mon choix des événements sonores donnés à entendre représente une part infime de ce qu'est réellement l'Elaboratoire. « Il faudra toujours sacrifier quelque chose de la réalité à la réalité » selon le célèbre axiome bazinien. Parce qu'il n'y a pas de frontière tangible entre la fiction et le documentaire mais une discussion sur l'improvisation de la réalité, cette bande-son se veut être un objet sonore, un bloc prélevé de la réalité, « taillé et polit » selon ma perception de cette improvisation. Je décide alors de parler au présent d'un lieu qui n'existe plus en tant quel tel, dans l'espoir que les habitants retrouvent cette effervescence perdue. Le son personnifie l'Élaboratoire, le caractérise en tant que lieu de vie, lieu d'exposition, d'échange et de culture. Il est important d'illustrer la volonté de l'association d'être en ville afin d'offrir au public une plus grande proximité, se rendre accessible et visible à tous. Mais qui dit ville dit bruit de circulation. Cette matière sonore inscrit sciemment l'Élaboratoire dans le paysage urbain, superposant aux ambiances sonores le bruit des travaux, de la route qui fait partie entière du lieu. Il est également intéressant d'utiliser ces bruits de travaux envahissant le champ sonore des habitants dans un autre but, à savoir le grignotage progressif du terrain, la volonté de la mairie de supprimer du paysage ceux qui dérangent par leur choix décalés. Cette tronçonneuse à métaux porte ce sens sous-jacent. Elle vient interrompre le moment de vie culinaire, et devient oppressante de par l'intensité sonore croissante. Silence. Vient le moment où la discussion de métal s'opère, multitude d?événements sonores organisés qui témoignent de la musicalité du lieu qui reprend ses droits sur l'hostilité urbaine, sur ce son de tronçonneuse persistant et envahissant. Il est aussi question de recréer l'environnement insolite propre à l'Élaboratoire. Entre plein et vide, cet immense espace est parfois totalement désert, puis se remplit d'un flux d'habitants, de spectateurs, au gré des activités prévues. Ainsi, l'introduction a pour but d'approcher non pas une définition du lieu, mais de proposer un panel de situations. Donner une esquisse sonore de ce que ce lieu peut proposer permet d'ouvrir la bande-son au spectateur, de lui proposer délicatement une approche globale, succession d'images sonore comme pourrait le faire une quatrième de couverture. De plus, un élément se retrouve à chacune de mes visites ; une source de musique est toujours allumée, diffusant çà et là des morceaux, qu?il y ait ou non des gens pour l'écouter. Il y a donc constamment une trame sonore, un bruit ambiant en arrière-plan. Pour jouer sur cette ambivalence, il est nécessaire de recréer une sensation de vide en donnant à entendre de petits moments, lorsque aucune présence n'est perceptible et que seul un poste de radio abandonné dans un vaste hangar joue des airs connus. C'est le cas de la musique diffusée dans la cuisine, avant que la vie n'y reprenne son cours ou encore de l'arrière-plan sonore que constitue le poste de radio du hangar à métal. Cela crée une impression de solitude de par la réverbération des lieux, auxquels s'ajoutent des bruits de métaux déplacés, de soudure, des bribes de conversation. Pour marquer l'arrivée du flux cité plus haut, j'ai tenté d'effectuer un jeu sur les travellings sonores comme un déplacement dans l'Élaboratoire. Cela permet dans un premier temps de situer l'Elaboratoire par rapport à la route, notamment au début, où la route est délaissée puis retrouvée par l'appel des aboiements de chien qui nous guide jusqu'à la tronçonneuse, correspondant à l?extérieur hostile. D'autre part, il s'agit d'une déambulation accompagnant le spectateur en passant d'un atelier à l'autre, constituant une juxtaposition d'images sonores. On passe alors devant l'atelier à vélo où le rock bat son plein, avant de s'aventurer dans le hangar à métal. L'importance du fourmillement sonores amène au paradoxe de l'association, qui est de se définir comme un collectif mais où les artistes travaillent à présent de manière individuelle. L'idée d'un travail sonore par strates permet de mettre ce problème en exergue. La profusion d'éléments a pour but de signifier la simultanéité des nombreuses activités, témoignant d'une vie en communauté. En revanche, la juxtaposition, les couches successives révèlent que les activités n'ont pas de rapport entre elles, les habitants ne collaborant que très peu. La voix est donc absente de cette bande-son. J'ai alors pris la décision de jouer entre continuum et rupture. Il existe dans ce lieu une perméabilité sonore mais peu humaine, comme expliqué ci-dessus. Le cut sonore relativement brusque caractérisant l'introduction signifie de manière tranchée cette ambivalence d'un collectif individualisé. Ceci n'est utilisé que dans une visée proprement subjective, relevant de mes observations. Le choix d'une rupture au niveau du montage n'engage que moi-même, et ne remet pas en cause leur mode de vie. En effet, comment marquer réellement le paradoxe d'un lieu hétéroclite, habité par des artistes qui travaillent côte à côte mais jamais ensemble, mieux que par la rupture ? J'ai également pris la décision à un certain moment de caractériser l'Elaboratoire selon ma réaction au lieu. Une sculpture sonore s'esquisse alors, conversation de métal, mettant ainsi en exergue la musicalité du travail des sculpteurs et du lieu lui-même. La caractéristique rythmée de ce passage témoigne de manière directe d'un endroit dynamique et inventif. Un mélange hétéroclite d'évènements sonores ponctuels forme la sculpture et crée lors de l'assemblage un tout indissociable, à l'image de l'Élaboratoire. Caractériser le travail des artistes par le son est essentiel, à la frontière de l'art plastique et artisanal. Un problème se pose ; le dispositif microphonique. Utiliser une perche semblait problématique quant à l'appréhension que peuvent en avoir les habitants. Le Tascam MkII DR100 n'a jamais empêché qu'ils se comportent naturellement, mais une perche aurait pu fragiliser le contact humain. Dû à l'environnement sonore très bruyant de l'Élaboratoire, l'utilisation d'un microphone unidirectionnel était à privilégier afin de capter efficacement des sons tenus dans le hangar à métal, extrêmement réverbérant. La perche m'a ainsi permis de diriger un son plus net et précis, en échapper du même coup aux nuisances sonores extérieures que je souhaitais rajouter moi-même dans la reconstitution topographique. Pour les sons de circulation, j'ai également privilégié une prise monophonique qui me permettait de reconstruire l'image stéréophonique de l'entrée de l'Elaboratoire via une monophonie dirigée. Néanmoins, pour revenir sur cet environnement sonore dense propre au lieu, certaines situations étaient impossibles à enregistrer. Par exemple les sons de cuisine ont été repris dans un tout autre contexte, étant donné que l'endroit était beaucoup trop exposé aux nuisances sonores. Rentrer dans l'intimité du quotidien était également délicat. Je n'ai ainsi pas voulu déranger les habitants durant leur repas. Par ailleurs, la prise de son dans le hangar à métal s'est avérée imperméable à toute souplesse de réécriture sonore, la radio était directement imprimée sur la piste, conjointe au soudeur. Cela rajoutait néanmoins du charme au décalage d'un homme marginal, vivant dans un squat, soudant et travaillant le métal en écoutant le tube commercial de l'année. Le cadeau offert par ce même soudeur était remarquable. Il me fit découvrir un panel d'activités qu'il aimait à exécuter pour le simple plaisir sonore du métal en fusion plongé dans l?eau, de la tôle répondant aux frottements de la brosse. Pour ce hangar à sculpteur aujourd'hui suspendu faute de place, j'espère avoir donné le goût métallique de l'Elaboratoire, qui ne se caractérise ni par le lieu, ni par les artistes, mais pas la conjonction insolite des deux. lire plus lire moins


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