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Des sons de voyages, des sons d'émotion, des sons d'incompréhension, de bavardages, de regards, de questions, de transitions, de perdition, de rencontres, des sons de métiers, des sons de grillades, d'apéros, d'école, de fête et de sérieux, des sons de nature, de grandeur, de mécanique, et bla bla bla, se taire, et écouter. lire plus lire moins

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Dedans c'est vivant tout pareil 16:14

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Je ne me souviens plus très bien ce que je fais là, par terre dans le sable et les vapes, au milieu d'innombrables yeux. J'ai ce goût amer de grenadine dans la bouche et très mal aux oreilles. Ce n'est pas la première fois que ces deux phénomènes se produisent en même temps, mais je n'ai jamais compris pourquoi. Des gens s affairent autour de moi, semblent vouloir paraître sereins mais le trouble est présent dans leur yeux qui m'interrogent. Cette peur au fond de moi, présente à chaque fois que j'ouvre les yeux sur une impression d'avoir été suspendu dans le temps. J'essaie de réveiller mes sens, raccorder la vue avec l'odorat, les gens avec les matières, le lieu avec ma vie. Je suis toujours au cirque, dans une campagne plate, avec des gens nouveaux et des chevaux. Je ferme les yeux pour retrouver les images de ce grand paysage vert se baignant tranquillement ds une lumière blanche. Au milieu, des cabanes de cow-boys en bois avec de la paille et des poules bleues, un grand panneau avec des plumes d indiens. Cette fois je veux comprendre. Je fais un effort pour me rappeler. Les gens du cirque nous accueillant avec de grandes bouches hilares que je contourne pour ne pas me heurter. Ce détour me pris deux ou trois minutes puis je m'égarais. AFFOLEMENT Pourquoi me suis-je retrouvé tout seul ? Manu s'accroupit devant moi, sa présence me console. Je remarque que nous sommes tous la, tous les enfants sous le grand chapiteau rouge emmitoufles de la tête aux pieds dans les vêtements prévus par nos mamans. Il y a encore beaucoup de brouillard dans mon petit cerveau en écho. Je me rends rend compte que je suis pieds nus quand Manu me tend une petite basket rouge. Je n'ai pas la force de la saisir. Il pense certainement que je ne le veut pas. Je suis triste. Je crois qu'une larme dévale mon visage. Je tends mon pied, et observe le bout de mes petits orteils violets. J'ai mal aux doigts. Je crois qu'il m'en manque quelques uns. Je les cherche dans le sable mais à mon avis ils se cachent bien. Je ne pense pas les avoir perdu en jouant, car j'en avais besoin à ce moment là. Cela a dû se passer après. Peut-être qu'en cherchant à me rappeler les raisons de ma tristesse je les retrouverais ? Mon regard s'arrête sur le cerceau suspendu tournoyant a un mètre du sol. Il n'avait pas bougé. Sa douceur aérienne me transporte à nouveau au-delà de la confusion terrienne. Le cerceau suspendu, ce n'est pas un jeu ordinaire. C'est une évacuation momentanée de soi, un tourbillon de l'être au delà de l'art adroit. Ce qui n'est pas du tout le cas du jeu des assiettes par exemple. Je n'aime pas les faire tournoyer, je ne comprends pas a quoi ça sert Je ne comprends pas non plus le houlahoop, cette exagération presque endiablée des mouvements du corps pour prendre contrôle d'un objet dénué d'intelligence. En revanche, j'aimerai écouter attentivement les balles molles en plastique et leur croquer un bout de chair de temps en temps. Mais, c'est apparemment un usage tactique et stratégique qui leur est destiné. Quand au siège renversé, il permet, à l'individu qui s'y prête, de tenir un ballon en équilibre sur ses pieds, grâce à une position position en équerre, jambes en l'air. JE ME SOUVIENS. 15h30 Ca allait être mon tour de coincer ma tête. COINCER MA TETE AGITEE DANS LE SIEGE RENVERSE. Cette idée m'angoissait à mesure que je comprenais que mon corps allait faire partie du projet. Je tentais de faire demi-tour et de me sauver, mais cinq petites voix me rattrapèrent pour escorter mon corps malhabile vers le siège menaçant. Je m'y insérais à contre-coeur. Une fois la tête à l'envers, j'eu envie de vomir. Les étoiles de la toile se mirent a faire tourbillonner le chapiteau instable dans les rires des enfants et tout ça s'engouffra subitement dans ma tête en sifflant. Alors que je me débattais pour remettre mon estomac à sa place, on me maintenait fermement pour que la balle tienne au moins trois secondes sur la plante de mes pieds. On criait : "Bravo Corentin! C'est bien !" Quand je compris cette intention néfaste malgré elle, je les bougeais malicieusement pour faire tomber la balle par terre et me libérer. Tant pis si je passais encore pour un idiot incapable. dans un dernier effort paniqué, je courrais me réfugier à proximité du cerceau bienveillant. Manu me rattrapa aussitôt. D'un air détendu et paternel, pour me calmer, il m'expliqua la suite des activités: JEU N°04 : atelier assiette. Ensuite, il m'expliqua patiemment le programme, l'heure du spectacle, puis le gouter. Puis, le minibus. Le centre, se laver, souper. Le pyjama - brosser les dents - veillée - dodo. Tout va bien se passer. Dans l'ordre, comme prévu, tout comme il faut. Et demain, s habiller, petit déjeuner, brosser les dents, minibus, cirque , jouer, minibus, déjeuner. Je le savais par coeur, mais se le rappeler permettait de remettre les choses en ordre dans la tête et ainsi ne pas s'énerver. Mais là, l'idée de manier les assiettes m'angoissait. Alors, je ne bougeais pas. Et malgré les bienveillants "Viens corentin !", je restais pétrifié. 15h45. Seul, au milieu de la piste du cirque, j'hésitais. J' hésitais, car mon cerveau brouillé par deux sensations opposées ne parvenait pas à prendre une décision . Manu était une personne en qui j'avais confiance, il ne pouvait pas me vouloir du fil à retordre, du moins pas consciemment. D'un autre coté j avais très peur des assiettes. Alors je trouvais un compromis. D'accord j'avançais vers lui, mais lentement, très lentement, pour que le temps me séparant du jeu maudit, corresponde au temps normalement prévu pour l'épreuve. Je n'avais pas besoin de tendre l'oreille pour constater que les cris ronflaient et les menaces somnolaient. Un bruit par ci, trois bruits par la, un petit "oh" jeté a la volée, un long "aaaaaaah" qui se traine, la trompette de Monsieur Stratiatelli le clown sans nez rouge, le ronronnement du cerceau a moteur qui moooonte et desceeend, tout avait l'air en ordre, je ne craignais rien dans l'immédiat. Mais je restais méfiant. il y a parfois dans l'air une menace qui se cache sous de traîtres aspects. 16h03. Mon pied gauche avançait, tiré par la voix gentille de Manu. Je fixais ce pied intrépide niché dans le sable, et j'oubliais tout... Je fixais ... La pointe s'enfonçait dans la surface mouvante et je vissais ... Je vissais petit à petit mon soulier pour le faire rentrer dans le sol... C'est dur ! Il faut mettre, sur le coté du trou déjà entamé, de petites quantités de sable, sans que cela ne retombe sous la semelle. Ainsi, suffisamment enterré, le pied est immobilisé et on peut le laisser se faire recouvrir progressivement par de petits grains de sucres semoule un peu humides. Tout doucement. Lentement. Remuer légèrement, vérifier qu'ils tiennent bien et recommencer ("Corentin, tu viens ?!") ... Ah oui, ne pas oublier d'avancer. 16h09. Envisageant le prochain pas, je vérifiais de chaque côté avant de traverser. On ne sait jamais. Si un engin passait en trombe à ce moment-là, c'en est fini de moi, adieu Corentin. En l'air, mon pied droit frétillait d'excitation à l'idée de subir le même sort que son voisin. Alors, en bon chef de corps, je m'appliquais à ne pas le décevoir. En même temps, je savourais la pression du sable qui me maintenait à demi prisonnier. J'envisageai le 4e d'un déhanché gracieux qui me rapprocherai de Manu et de la fin du temps assiette, quand mes genoux s'entrechoquèrent dans un balbutiement étonnant. Syrian venait de hurler TRES VITE, TRES PRES en courant TRES fort après une cause inconnue. Je me bouchais les oreilles. Sans succès: j'étais déjà protégé par un casque de chantier -un rouge un vrai-. Comment faire ? Le cri était déjà bien au fond de mon cerveau et avait presque atteint ma gorge. Je tournais sur moi-même dans l'espoir d'apercevoir mon beau cerceau mon bel ami, mais je ne vis rien, je paniquais, les cris des trompettes me sautèrent toutes dessus en même temps pour forcer l'entrée de mes oreilles surprotégées. Je me débattais, elle parvinrent à se faufiler sous ma peau trop molle pour résister. Avec la complicité du brouhaha, elles atteignirent mon coeur pour lui cogner très fort dessus. Je fermais les yeux, j'avais froid, froid, froid. Je ne criais pas encore car le bruit en moi bouchait les issues et empêchait les connexions; mon coeur battait toujours la chamade mais se calma quand Manu vint m'entourer les épaules de son grand corps marrant. JE TREMBLE ; 16H20; JE COMPRIS ALORS QUE J'AVAIS DEJA PERDU CONNAISSANCE A CE MOMENT LA; une dame m'apporta un verre d'eau et je ne la voyais pas. Mon moi n'était plus là. Vous vous êtes dirigés vers les gradins. "Allez viens mon p'tit gars, ça va être l'heure du spectacle!" Etourdi,tu t'assis lourdement. Panique. Qu'est ce qu'on fait là? La question se résumait à un gémissement anxieux. Réponse obtenue : "C'est l'heure du spectacle Corentin, après, c'est le minibus, et puis, le centre." Je comprenais, je me sentais mieux. Attendre: il faut attendre. Alors, j'attends. J'attends! Je tremble. J'attends le début du spectacle. J'ATTENDS LE DEBUT DU SPECTACLE. ... Et si ça ne commençais jamais ? Nouveau gémissement anxieux, mais cette fois Manu ne comprends pas ta question. Il répond : "ça va être le spectacle Corentin". Tu t'agites. C'est plus fort que toi. Le bras de manu sur tes épaules, j'attends. Il te parle d'autre chose mais tu ne peux pas t'empêcher de penser à cet imprévu qui menace. J'attends . J'attends. Les autres enfants aussi attendent, je les sens derrière moi. Ils sont comme un grand vent qui commence a souffler; j'attends. Je veux rentrer, on ne me comprends pas . Le temps est long, très long, il est long comme une envie de m'étirer, de me retirer comme un élastique qui au bout d'un moment éclate violemment. Je vérifie que mon casque de chantier me tient bien car je sens que les bruits vont se réveiller et forcer mes entrées verrouillées. Un cri derrière toi, un tracé rouge colère, bien droit, vif, tranché qui te transperces. Tu vacilles. La main de Manu. LE CRI. Le vent des enfants... la main. LE CRI. Le vent... l'apaisement. L'inquiétude. L'apaisement, l'inquiétude, l'anxiété. l'apaisement. L'inquiétude l'anxiété l'agitation..., une dame me dit que "si tu ne te calmes pas, je serai obligée de te donner un bonbon à la grenadine". NON ! Multiplication d'angoisse, de crainte, de troubles, tu bouillonnes, j'ai très peur, tu as très peur, je panique. Je suis en ébullition, déchaîné. Un trouble immense envahit mes articulations,je perds le contrôle de mes sens, j'ai les oreilles en feu, tout rentre dedans. Ebullition, effervescence, CRISE. Une vague d'enfants mobiles me submerge, des hurlements stridents provoquent en moi des spasmes et je me vois lancer mes doigts un par un dans toutes les directions. Défense aveugle. J'ai de la fièvre. J'ai très peur, je suis au coeur du cyclone qui fait tourbillonner le cirque à une vitesse folle. Il tourne et tourne, nous sommes une grosse bourrasque et je ne distingue plus rien. Ma tête est une boule de feu qui déborde je n'ai plus de doigts. Je jette, mes bras, mes pieds, tout mes pieds, mes cheveux que j'arrache pour en faire des munitions et crever la tornade de cirque. Un autre cri strident Déchirer mes tympans. De gauche à droite et de la tête aux pieds, en passant par les coudes, le coeur, la tête, et l'estomac. Mon estomac l'avale. Tout se bouscule. Mon coeur bat des coups réguliers graves et profonds dans une lente cadence qui laisse une blessure profonde à chaque coup de chair arraché à l'intérieur de mon ventre qui se remplit palpite et gonfle d'un liquide orange qui se marre violemment. Je m'accroche, ça s'accroche, tout se détache et rebondit contre mon coeur qui a peur. En forme de grosse boule gluante que je sens se mouvoir lourdement dans mon corps trop petit qui pousse de toute ses forces pour craquer. S'extraire de là. Je ne peux plus respirer, tu ne vois plus rien, je suis une poche de chaleur rouge enflee, tu ne peux plus bouger, je suis tout gelé, tu fermes les yeux, j'ai chaud, j'ai froid. Je disparais. Puis tu tombes. Des voix..., des voix... "voilà hop, c'est tout juste de quoi le calmer ! Tu sais si on l'aidait pas, hein... Je t'avais dit qu'il était pas adapté le p'tit, Manu!" Je suis engourdi. Je suis triste. et ce goût amer dans ma bouche. lire plus lire moins


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A travers la vitre 16:04

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Comment un enfant aves autisme perçoit-il le monde ? ceci est mon interprétation de l'univers sonore qui entoure l'enfant. Tantôt distinct, tantôt vague ... Perte de repères, sens dans tous les sens. Se laisser aller dans la tête de quelqu'un d'autre qui ne vit pas la réalité de la même manière. lire plus lire moins


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ELLE DESSINAIT LES PORTE AVIONS 08:52

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Madame Tanguy est une des premières femmes à travailler dans l'arsenal de Brest. Elle témoigne de son travail, et des difficultés à intégrer un univers de mâles. Entretien effectué depuis la Tour Tanguy, qui surplombe l'Arsenal. - enregistrement réalisé dans le cadre du festival Longueur d'ondes, à Brest - lire plus lire moins


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